AccueilArts et éducationTête d’homme barbu, dite « Tête de Senlis »

Vasque trilobée représentant le passage de l’Elbe à Mühlberg

La majolique est une faïence, c'est à dire une argile recouverte d'émail contenant de l'étain qui lui donne une couleur blanche sur laquelle le décor est peint. Elle fait partie de la catégorie des faïences dites «à décor de grand feu sur émail cru». Les couleurs utilisées sont réalisées à partir d'oxydes métalliques que la cuisson va révéler : bleu (à partir du cobalt), vert (à partir du cuivre), jaune et orangé (à partir de l'antimoine), brun (à partir du manganèse). La majolique doit son nom probablement à l'île de Majorque, importante escale sur la route du commerce des faïences lustrées, entre l'Espagne et l'Italie. Dès la deuxième moitié du XVe siècle la technique de la majolique fut maîtrisée par les Italiens qui ouvrirent des ateliers de fabrication en Ombrie, en Emilie, dans les Marches et en Toscane.
Les centres de productions furent fort nombreux au XVIe siècle. Les grandes fabriques s'installèrent en Italie à Faenza (origine du mot français « faïence »), mais aussi à Urbino, Casteldurante et Deruta. A partir des années 1520, la production de majoliques prend à Urbino un développement extrême. Le style a istoriato est privilégié, les décors s'inspirent des histoires, tirées de textes alors en vogue dont les sujets sont empruntés à la mythologie, à l'histoire romaine, à l'histoire religieuse ou à la littérature et dont les modèles sont issus des gravures.

Orazio Fontana (1510 – 1571) est le fils de Guido Fontana, dit plus généralement Guido Durantino, l'un des plus célèbres patrons d'Urbino. Orazio est appelé à la cour du duc de Savoie en 1563 et séjourne deux ans à Turin. En 1565, sa renommée est déjà grande.
Dans les années 1560, se répand le goût des somptueuses pièces de forme entièrement peintes aistoriato. Les grandes vasques trilobées au bord souligné de moulures saillantes reposant sur un pied à trois griffes de lion entre trois volutes en sont de typiques exemples. Elles servent de rafraîchissoirs : flacons et bouteilles sont plongés dans la glace ou l'eau fraîche, soit sur les buffets, soit sur la table avec d'autres pièces d'un même service.

La scène représente Charles Quint (Gand, 1500 - Yuste, Estramadure, 1558), roi d'Espagne et de Sicile, prince des Pays-Bas (1516) et empereur du Saint Empire romain (1519) lors de la batailledite de Mühlberg. Le 24 avril 1547, l'empereur y vainquit les révoltés protestants commandés par l'électeur Jean-Frédéric de Saxe.
La majolique s'inspire d'une gravure d'Enea Vico (Parme1523 – Ferrare, 15671), datée de 1551, célébrant la victoire impériale, actuellement conservée à la Bibliothèque nationale de Madrid. L'image sur la faïence illustre la bataille en cours. Les eaux de l'Elbe séparent les adversaires : à droite, les troupes impériales avec l'artillerie et les arquebusiers qui passent à gué la rivière en nageant, dans la partie basse, et à cheval dans la partie haute; à gauche, les révoltés protestants commandés par l'électeur Jean-Frédéric de Saxe. La victoire de l'empereur ne fait aucun doute puisque les allégories de la Renommée et de la Victoire sont dans le ciel, représentation toute mythologique sans rapport apparent avec le 'réalisme' des combats, tel le pont de bateaux utilisé par les soldats de l'empereur. Charles Quint, comme souvent, se place d'emblée au niveau des héros de l'Antiquité : l'Elbe se voit personnifié sous forme d'une divinité fluviale. Toutefois, afin de ne point s'y tromper, un cartouche nous indique clairement que nous nous trouvons devant un épisode contemporain.
IMP.CAROLI.V.ALBIS.APVD.MILBVRGVM.FELICISSIMO.NUMD.E.TRAIECTIO

Christine Amiard
Chargée du service des publics

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